#4 - Les GAFAM du futur sont en Chine

Longtemps centrée sur son immense marché intérieur, la tech chinoise va s’exporter comme jamais au cours des dix prochaines années. Au point de menacer les GAFAM.

Chronique parue dans L’Express du 26 novembre 2020

Oublions deux minutes, si toutefois c’est possible, les GAFAM et regardons vers la  Chine où s’invente le numérique de demain. Il va concerner le reste du monde au moins autant que la Big Tech américaine. 

Le 7 novembre, une fusée Longue Marche a mis sur orbite un satellite expérimental destiné à tester les réseaux cellulaires 6G dont le déploiement commercial est prévu pour 2030. Le tournant de la décennie a été désigné comme une échéance majeure dans le 13ème plan quinquennal chinois, avec deux priorités : l’intelligence artificielle (IA) et la “Fintech” (les services en ligne financiers). 

La Chine produit plus d’ingénieurs en sciences informatiques et en IA que n’importe quel autre pays dans le monde: autour de 3 millions de diplômés chaque année, soit cinq fois plus qu’aux Etats-Unis. Dans les grandes universités américaines (Stanford, Berkeley, MIT, Carnegie Mellon), les étudiants chinois viennent… et repartent, attirés par leur place de choix dans la nouvelle classe supérieure chinoise, et la vitalité du capital risque qui croît à raison de 41% par an depuis 2012. 

Dans le classement annuel des “Licornes” mondiales, la Chine capture 107 places contre 214 pour les Etats-Unis, les deux pays représentant les trois quarts du total. Et dans les palmarès des plus grosses capitalisations de la tech mondiale, un géant comme Tencent, bataille contre Facebook pour la quatrième position derrière Apple, Microsoft, et Google. Tôt ou tard, Tencent exportera sa “super app” universelle, WeChat vers le reste du monde, tout comme Alibaba dans le e-commerce. Dans les services financiers, Ant Group vise à devenir un géant global, même si son introduction en bourse a été retardée. Elle ira jusque dans les pays émergents où elle proposera des services sur mobile pour ceux qui n’ont ni compte bancaire, ni accès au moindre crédit. 

Quant à TikTok, dont le succès repose sur une IA sans équivalent, son créateur Bytedance l’a peaufiné sur le vaste marché intérieur avant de le lancer à la conquête du monde. Mark Zuckerberg voit dans les 2 milliards de téléchargements de TikTok une énorme menace qu’il a essayé de contenir politiquement avec son allié Donald Trump. Mais le vent a tourné. —

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