Apple contre Facebook, la guerre ouverte

Tout oppose les deux géants de la tech: leur business model comme leur éthique.

Chronique parue dans L’Express du 11.02.21

Cela fait longtemps que Tim Cook, PDG d’Apple, veut la peau de Facebook. La relation entre le fabricant de l’iPhone et le réseau social est totalement asymétrique. Au contraire de Google qui paie à Apple 10 milliards de dollars annuels au titre de la présence du moteur de recherche dans son navigateur Safari, Facebook ne lui rapporte rien financièrement. 

En revanche, la mauvaise réputation du réseau social entache l’image d’Apple dont l’un des principes-clés est la protection des données utilisateurs. Ce qui est confié à un iPhone, un Mac, ou aux services de la firme doit rester la propriété de l’utilisateur et de personne d’autre. Des photos, des messages ou des achats effectués via son système de paiement, Apple ne voit que des 0 et des 1. Pas de “backdoor”, d’accès latéral, même pour des impératifs de sécurité nationale. Le FBI en a fait l’irritante expérience en 2015 dans une affaire de terrorisme; Apple avait refusé de coopérer mais l’iPhone avait été finalement ouvert par la firme israélienne Cellebrite, moyennant une facture d’1 million de dollars.  

Depuis un an, pour encore plus de sûreté, toutes les données (messages, photos, voix, profil médical) sont même chiffrées sur téléphone lui-même. Cette protection, indéniablement supérieure à ses compétiteurs, selon des spécialistes, Apple la fait payer très cher. Elle fait même partie de son modèle d’affaires. On ne vend pas un million d’iPhone par jour à un prix 30% supérieur aux concurrents uniquement grâce à un design élégant. La protection de la vie privée est essentielle au maintien de la position – et des marges – d’Apple.   

Par opposition, Facebook vit de cette transparence. Elle est vitale pour le ciblage publicitaire. Au grand dam d’Apple, l’iPhone est donc devenu un puissant aspirateur à données pour Facebook, et un moyen de pister les utilisateurs à travers le web (qu’ils aient ou non un compte Facebook!)  A cela, Tim Cook a voulu mettre un terme en imposant  des restrictions drastiques sur la collecte de données et le suivi des usagers. Le 28 janvier, lors d’une intervention publique, il a même dénoncé avec une violence inhabituelle – sans le nommer – Facebook, pour qui c’est la fin de l’open-bar en matière de collecte de données privées. 

Mark Zuckerberg est tenté par un procès en abus de position dominante contre Apple. Il cherche à rallier d’autres géants de la tech. Mais ceux-ci regardent à deux fois avant de croiser le fer avec une firme qui pèse 2400 milliards de dollars en bourse et a une base installée de 1,65 milliard d’appareils. — FF

Clubhouse ou la célébration de l’entre soi

Quelqu’un va-t-il oser écrire que Clubhouse, c’est très ennuyeux? Ces débats interminables entre des pontificateurs du même avis, ces recommandations idiotes comme celles-ci ⬆️  . Par quelle miracle cette startup de 10 personnes peut-elle valoir 1 milliard de dollars? 

Tesla, le hedge fund

Ce chiffre hallucinant €930m pour les profits financiers de Tesla me rappelle ce papier du New York Times de 2009, titré Porsche: A ‘Hedge Fund With a Carmaker Attached’ qui raconte que Porsche avait réalisé un profit de $1 milliard de dollars avec la vente de ses voitures et $6.8 milliards en spéculant sur le cours de Volkswagen. En pariant sur l’envolée du bitcoin, Elon Musk marche sur une fine couche de glace.

Valeur d’un clic de Facebook renvoyé vers un media: 0.05€. Une misère.

Dans sa bagarre avec les autorités et les médias australiens, Facebook indique qu’en 2020, il a renvoyé 5.1 milliards de clics vers les éditeurs australiens, flux qu’il valorise (on ne sait par quel calcul) à A$407m (€265m). C’est un chiffre intéressant car il révèle de façon assez précise la valeur d’un clic renvoyé par Facebook vers le site d’un média. L’équivalent de 5 centimes d’euros. C’est une misère absolue, à peu près cinquante à cent fois moins que la plus mal vendue des pubs digitales.
Pour les éditeurs de presse, mettre leur trafic entre les mains de Facebook, c’est:
• Nourrir une machine à publicité ciblée ultra-puissante
• Recréer une intermédiation avec le lecteur alors que rien n’est plus précieux que la relation directe avec le client
• Se mettre dans les mains d’un système opaque, où les règles changent constamment, de façon arbitraire.
La seule chose pour laquelle Facebook est imbattable : tester des produits et des stratégies marketing. Exemple (de 2018) avec le modus operandi de cet ingénieur de Tesla qui testé une boisson contre la gueule de bois (=> article dans Bloomberg).

Google: une heure de chiffre d’affaires, deal.

Google s’en sort bien dans le match contre l’Australie. Tout n’est pas réglé, loin de là, mais il a obtenu que ses accords spécifiques avec chaque groupe de média soit considérés comme “une contribution significative” à l’écosystème de la presse, ce qui devrait le mettre à l’abri de la loi à venir. Le moteur de recherche va donc multiplier les arrangements ad hoc sans déroger à son principe de ne jamais payer pour les liens ou pour les snippets (extraits) figurant dans ses pages de résultats. L’accord conclu avec le groupe Nine (chaînes de TV, radios, quotidiens dont le Sydney Morning Herald) équivaut à une heure du chiffre d’affaires global de Google. Bon deal.

A la semaine prochaine. —Frédéric