La France devient un repoussoir technologique

Le mercredi 10 mars 2021 est une journée à oublier pour la tech française.

1. Octave :-(

Incendie chez le principal fournisseur de français, OVH. De nombreux sites français ont tout perdu. On ne peut avoir que de la sympathie pour le créateur d’OVH, Octave Klaba qui a construit son entreprise seul. Mais c’est aussi le problème. Klaba a toujours voulu garder le contrôle de sa PME qui a grandi davantage en mode geekque selon les meilleurs standards du cloud mondial. D’après les pompiers de Strasbourg cité par un journal local, les planchers d’OVH étaient en bois. En bois.Un datacenter. Et aujourd’hui, tout le monde questionne les systèmes anti-incendies de OVH et ses datacenters revendiqués comme low-cost. Jeudi, le choeur des pleureuses digital-souverainistes en appelait à Cédric O, pour qu’il passe un coup de de fil à l’ami Octave (en bon politique, O s’est exécuté). Mais on a aimerait poser quelques questions au secrétaire d’Etat au Numérique:
- Pourquoi n’avez-vous pas forcé la BPI à injecter quelques les capitaux nécessaires pour mettre OVH au niveau d’un datacenter international ?
- A défaut, pourquoi ne pas avoir tordu le bras à Orange ou à Free pour qu’ils prennent une participation dans OVH ? 
- Pourquoi parier sur un montage ruineux de Gaia-X, le cloud européen a à 10 milliards d’euros, alors que vous aviez sous la main une entreprise capable de prendre une position importante? 

2. Techno-souvernainistes

Une brochette d’amish défenseurs de la souveraineté numérique signent une “Lettre à Emmanuel Macron”  dans La Tribune (audience modeste) et s’insurgent une fois de plus sur le stockage des données du Health Data Hub chez Microsoft au détriment d’une solution nationale. En 2020, la directrice du HDH avait privilégié l’intérêt de sa plateforme en refusant de succomber à la tentation facile d’un choix politique qui aurait été bien moins risqué pour elle. Bien lui en a pris. Si on avait écouté cet aréopage techno-obscurantiste, les données de santé des Français ressembleraient aujourd’hui à des serveurs carbonisés (cfsupra). Ces gens sont sans doute bien intentionnés — qui préfèrerait, par une idéologie imbécile, confier ses données à un cloud étranger? — mais ils sont complètement hors-sol. Leur vision est naïve et déconnectée des contraintes industrielles. Mais non dépourvue de calculs personnels.  

3. Jean-Luc vs. Elon

Jean-Luc Mélenchon émet une encyclique technophobique dont il a le secret : elle concerne la constellation de satellites Starlink conçue par Elon Musk pour fournir du haut débit, sans latence, à la terre entière. Les Insoumis veulent que la loi sur le climat intègre une disposition interdisant l’utilisation du service sur le territoire national. Leurs arguments: le droit à l’obscurité (dans le cas de la France Insoumise, ce serait plutôt le droit à l’obscurantisme), la gêne pour le système de navigation des passereaux, et le risque de collision avec d’autres satellites. On va oublier les bénéfices : désenclavement-de régions isolées et de pays qui n’ont aucune chance d’avoir du broadband, télémédecine, assistances de toutes natures.  

4. Apple German Silicon

Apple annonce un investissement d’un milliard d’euros en Allemagne pour développer un centre de conception de ses nouveaux microprocesseurs maison “Apple Silicon”. Ceux qui seront conçus à Munich concernent les transmissions par radio dont la 5G — celle-là même qui est encore refusée par certaines villes françaises. Déjà 1500 ingénieurs travaillent à Munich. 

Tout cela concentré sur une seule journée.

A force de se caricaturer, la France devient un repoussoir pour les technologies de pointe. Avec son énergie nucléaire, le pays était le mieux placé pour prendre une place dominante dans les datacenters ; au lieu de cela, on  a les serveurs low-cost d’Octave Klaba, que de l’Agence-France-Presse à EDF on fait semblant d’inclure dans les appels d’offre en sachant, cela se terminera chez Amazon, Google ou Microsoft, mieux et même parfois moins chers. Nos ingénieurs sont censés être top, en tout cas ceux des grandes écoles. Mais quand Apple met 1500 personnes en Europe, il choisit l’Allemagne. Comme Google à Zurich qui en emploie près de 3000 dans son centre de recherche. Quant à Amazon, ce n’est pas demain qu’il déploiera un centre technique en France: il s’interroge périodiquement sur le fait de quitter purement et simplement une France qui les déteste, même si elle plébiscite son service. L’Europe ne manque pas de places attractives pour la tech. La France n’est plus sur la carte.  

— frederic@episodiqu.es

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