Lancement de “The Wald Brief”, une nouvelle lettre d’information sur la Defense Tech
Avec mon confrère Gilles Delafon, nous lançons cette semaine une newsletter anglophone et gratuite consacrée aux technologies de défense.
The Wald Brief est une newsletter qui chronique les innovations dans le secteur de la défense, particulièrement l’impact des technologies de rupture. L’idée est née d’une note stratégique rédigée en janvier dernier par mon confrère et ami Gilles Delafon pour le compte d’un think tank français. Son titre : La France et les Européens au défi du « New Defense ». Comment se réarmer à l’ère de l’IA ? (PDF ici). Elle traite du réarmement de l’Europe et de la nécessité d’intégrer les technologies de rupture comme le quantique ou l’intelligence artificielle, mais aussi de revoir de fond en comble la façon dont l’Occident doit équiper ses armées dans le contexte actuel.
The Wald Brief tire son nom d’un génie des mathématiques, Abraham Wald, doté d’un esprit particulièrement disruptif et curieux, et dont la sagacité a sauvé des dizaines de pilotes américains durant la Seconde Guerre mondiale en remettant en cause des certitudes techniques que l’on croyait immuables (voir la page “About” de TWB).
Cette newsletter s’appuie sur plusieurs convictions :
1. Les affrontements actuels en Ukraine et dans le Golfe ont consacré une double rupture : l’émergence d’une guerre asymétrique où des drones bon marché défient des armadas conventionnelles russes ou américaines, et la montée en puissance d’une guerre algorithmique où les cibles sont choisies par des modèles plus ou moins fiables et qui ont comme caractéristique d’exclure de plus en plus l’opérateur humain (lire dans The Wald Brief : “AI Targeting in Iran: Who Pulls the Trigger?”)
2. Cette mutation passe par une innovation qui ne viendra plus seulement des géants de l’industrie de défense, ces “primes contractors” omnipuissants, dénoncés en 1961 par le général Dwight D. Eisenhower dans son discours sur les dangers de ce qu’il appelait le “complexe militaro industriel”. Aujourd’hui, les Etats-Unis comptent aussi sur des “néo-primes” qui se nomment Anduril, Palantir ou SpaceX qui n’existent pas de ce côté de l’Atlantique.
Partout, cette oligarchie industrielle est largement ossifiée ; elle n’a plus, loin s’en faut, le monopole de l’innovation de défense. Il suffit de regarder en Ukraine, les chaînes de production de drones aériens, navals ou terrestres qui dominent un champ de bataille transformé en une terrifiante dystopie (lire dans Wald : “Adapt or Die: How Ukrainian Robots Are Rewriting Ground Warfare” et qui ont été sottement tournées en dérision par des géants de l’armement comme l’allemand Rheinmetall (lire “Ukrainian Housewives know the Tomahawk Playbook”). Même tendance dans le Golfe, avec des essaims de drones Shahed à 40 000 dollars qui démolissent des batteries de missiles THAAD à un milliard de dollars l’unité ; après 40 jours de guerre et la destruction de 13 000 cibles, les Etats-Unis ont consommé la moitié de leur stock d’engins anti-aériens et anti-missiles, à la grande consternation du Pentagone qui doit, vexation suprême, maintenir à distance ses porte-avions pour éviter qu’ils ne prennent un mauvais coup.
3. En Europe, cette innovation va être dopée par un énorme effort budgétaire qui verra l’UE dépenser 300 milliards d’euros par an jusqu’à la fin de la décennie. Une manne dont devraient logiquement bénéficier les startups de défense — que les primes, tout spécialement en Europe, continuent d’étouffer avec la complicité des pouvoirs politiques qu’ils contrôlent encore largement.
Ces derniers mois, nous avons collecté d’innombrables anecdotes qui confirment que, pour reprendre l’expression d’une PME du New Space, “on respire difficilement sous un éléphant”. L’avenir d’une défense européenne efficace repose pourtant en grande partie sur l’agilité de ces startups, autant que sur celle d’un Thales ou d’un Dassault, gavés à une commande publique qu’ils comptent bien défendre contre toute intrusion.
En privé pourtant, même chez les primes, le doute s’insinue sur la pertinence de programmes ruineux comme l’avion de combat du futur, dont la multiplicité des acronymes — Future Combat Air System (FCAS), Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) ; Zukünftiges Luftkampf System (ZLS) ; Futuro Sistema Aéreo de Combate; FSAC) — témoigne du Babel qui enlise le projet dans les rivalités européennes. Idem pour le futur porte-avions Nouvelle Génération (PANG) ; le France Libre entame un chantier de dix-sept ans. Son objet principal est plus la préservation de l’emploi et de l’outil industriel qu’une pertinence incertaine à l’horizon 2040 — sans même compter son équation économique quand on sait que le seul coût de ses catapultes (américaines) est équivalent à… 20 000 drones type Shahed qui viennent de démontrer les limites de ces mastodontes.
4. La couverture journalistique de toutes ces évolutions impose aussi de plonger dans le détail des technologies de rupture comme l’IA, le quantique, le spatial, la guerre électromagnétique ou les progrès sur les matériaux d’avant-garde, autant que les techniques modernes de manufacturing. Tout cela nécessite une certaine vigilance (lire dans Wald : Ghost Murmur Didn’t Pass the Bullshit Detector). Sur le Vieux continent, comme jadis aux Etats-Unis, le secteur de la défense va rester un stimulant essentiel dans la technologie.
Pour toutes ces raisons, il nous est apparu qu’il existait un interstice éditorial passionnant auquel nous voulons contribuer avec The Wald Brief.
Donc cliquez sur l’image ci-dessous :
PS : Episodiques va évidemment continuer sur ses thèmes habituels.





