Le chargeur USB Type Neuneu de Margrethe V. et Thierry B. 

Normaliser les chargeurs électroniques est une mesure insignifiante qui trahit surtout le manque de vision du leadership européen en matière technologique. 

Thierry Breton annonçant l’obligation de passer aux chargeurs équipés d’un connecteur USB Type C, c’est un peu comme si Roosevelt, au début du New Deal, avait convoqué la presse pour annoncer l’achat de machines à écrire : bravo, mais c’est infinitésimal au regarde des besoins. 

Voici cinq éléments pour décoder cette mesure : 

1. Elle est  démagogique et sans réelle portée. Oui, les chargeurs multiples sont exaspérants, particulièrement chez Apple qui a encore un double système avec sa prise Lightning pour l’iPhone, et USB-C pour le reste. Mais les choses s’améliorent d’elles-mêmes. Et la législation, qui donne 24 mois aux fabricants pour adopter le commode port USB-C ne fera à coup sûr qu’en entériner un état de fait. Pas vraiment ce qu’on attend d’une loi.

2. C’est donc un coup de comm classique de la part d’un leadership européen — Margrethe Vestager et Thierry Breton — qui distrait la galerie médiatique avec cette mesure gadget. La vice-présidente de la Commission et le commissaire chargé du marché intérieur ne semblent toujours pas capables d’imaginer une stratégie qui puisse desserrer l’étau des Gafam d’un côté, et des BATX chinois de l’autre, sur une l’Europe technologiquement racornie. 

L’Europe a besoin de quatre initiatives:

  • Une poussée sur les technologies dites de rupture (les deep tech).

  • La refonte des systèmes de financement : moins de subventions, plus de contrats avec des entreprises innovantes, ce qui rend plus sélective et plus efficace la distribution de la manne publique.

  • Un plan européen pour le développement, l'acquisition et la rétention des talents, y compris ceux extérieurs à l’Union.

  • La création d’une Darpa européenne, une agence ultra-tech qui initie et supervise des projets impossibles à soutenir par le secteur privé.  

Au lieu de dérouler ce plan, le couple européen reste campé sur un système à base d’amendes fortes, mais sans réel impact (autre que médiatique)… assorti de mesures diaphanes comme celle sur les chargeurs. 

Ces gens-là sont des politiques, dans le meilleur cas des technocrates, mais pas les visionnaires dont l'UE a besoin.   

3. La décision vise principalement Apple. Qui s’en fiche. Le fabricant de l’iPhone innove à son rythme. Il met ses appareils sur le marché avec une régularité métronomique et une mise en scène mondialisée. Le succès suit. Toujours. Depuis vingt ans, Apple reste indifférent à la pression de la concurrence. Pour la bonne raison que c’est lui qui domine l’agenda de la conception technique et visuelle des téléphones et des ordinateurs. 

Pourquoi Apple n’a-t-il pas adopté le port USB-C sur ses téléphones comme sur ses ordinateurs et certains de ses iPad? Sans doute pas pour le prix du connecteur ($2,95 au détail, bien moins pour les immenses commandes d’Apple), mais parce que cela obligerait la marque à un redesign substantiel de la carte-mère de l’iPhone, optimisée au millimètre près pour accommoder les différents modules et surtout la batterie. D’ailleurs Apple n’a changé de connecteur qu’une seule fois en 14 années d’itérations de son iPhone.  

4. Apple a mieux en tête (sort of). Ce retard à passer au port USB-C accrédite la rumeur d’une suppression pure et simple des connecteurs au profit d’un système de chargement par induction et d’un transfert de données sans fil.

Avantage pour Apple : gain de place, étanchéité, esthétique, pureté minimaliste, simplification du manufacturing. Le consommateur risque de souffrir un peu, il devra se trimbaler un chargeur sans fil, comme pour l'Apple Watch. (Au passage, le fait de devoir penser à recharger sa montre le soir me semble personnellement lunaire). Tant pis pour ceux qui (comme moi) utilisent un micro externe pour faire des vidéos ; c’est un segment anecdotique pour Apple. On s’y fera. 

5. En conclusion. Cette mesure est idiote, déplacée, et même anachronique.

Ce n’est pas à une structure législative d’imposer des normes de ce type que le marché gère très bien tout seul.

 Bruxelles est calé sur un calendrier d'exécution qui se mesure en années. C’est parfait pour du long terme comme certaines industries ou les services. Pas pour de l’électronique qui a besoin d’itérer très vite en fonction des évolutions technologiques et dont les spécifications sont complexes et changeantes. Le port USB-3 a été conçu en 2010 et introduit en 2013 ; aurait-il fallu légiférer pour le généraliser au niveau européen? Que non ! Cela aurait retardé la transition vers l’USB Type C dont le design a été finalisé seulement en 2014. Une législation aurait eu pour effet de dissuader les fabricants d’investir sur le Type C légalement non autorisé. 

Quant à l’argument écologique invoqué par Bruxelles, il ne tient pas. Un, les chargeurs et câbles sont déjà interchangeables ; deux, la Commission parle d’un gain de 1000 tonnes par an sur les rejets de déchets électroniques. Or ceux-ci se montent  à 50 millions de tonnes.

Margrethe, Thierry, sans vouloir être désagréable, il est peut-être temps de se pencher sur des questions plus sérieuses. 

frederic@episodiqu.es

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