Le renoncement à l’anglais et le retard français 

La maîtrise de l'anglais pourrait ne plus être un prérequis pour entrer à l'ENA. De quoi marginaliser un peu la France qui compte déjà un sérieux retard linguistique.

François Hollande à bord d’Air Force One. Handicapé par un anglais médiocre, il avait préconisé que les futurs énarques s’améliorent. (Photo: Pete Souza)

On se pince à la lecture de l’article de Marie-Christine Corbier dans Les Echos du 18.03, titré: “Concours d’entrée de l’ENA, l’anglais et la culture générale font débat”. Le papier raconte que la ministre de la fonction publique, Amélie de Montchalin, remet en cause le choix qui a été fait sous le quinquennat Hollande d'imposer l'épreuve d'anglais au motif que la sélection par la langue serait “discriminant” : 

“J'ai un doute sérieux, a-t-elle indiqué devant les députés. Oui, il est utile que nos hauts fonctionnaires apprennent l'anglais. Mais si c'est pour [les] sélectionner sur le nombre de séjours à l'étranger que [leurs] parents ont pu [leur] offrir quand [ils étaient] lycéens ou étudiants, évidemment c'est discriminant. L'anglais, s'il le faut, on peut le rattraper pendant ses études ou avoir un enseignement renforcé durant le cursus de formation pour devenir haut fonctionnaire.”

Discriminante, la sélection par l’anglais ? Mais sur quelle planète vit la ministre ? Partout dans le monde, l’anglais est un facteur de sélection pour l’accès aux grandes écoles et aux universités.

Nos hauts fonctionnaires parlent affreusement mal l’anglais — à l’exception des diplomates qui sont souvent polyglottes. Pour le reste, on est gêné quand on écoute nos grands administrateurs ou élus. Montchalin a aussi tort sur un point essentiel : l’apprentissage de l’anglais ne se fait plus dans les séjours de gosses de riches, mais bien dans les systèmes d’échanges comme Erasmus. C’est cela qu’il faut renforcer (si ce n’est que les étudiants étrangers sont bien plus heureux à l’université d’Uppsala en Suède qu’à Nanterre-la-sinistre). A ce titre, l’ENA devrait intégrer dans son parcours des programmes d’échanges avec des grandes universités qui forment aussi de futurs hauts fonctionnaires comme la Kennedy School of Government à Harvard ou d’autres en Europe. L’ENA, archétype de l’enseignement élitiste et replié sur lui-même a plus que jamais besoin d’ouverture et non l’inverse.

Surtout, la ministre de la fonction publique méconnaît l’impact de la maîtrise de l’anglais pour la vitalité économique du pays. Et cela est impardonnable. Voici quelques chiffres pour comprendre. Ils sont tirés du rapport annuel d’Education First, une école de langues basée en Suisse ayant plus de 600 bureaux dans le monde.

Un, la France est mal placée pour la maîtrise de l’anglais: dans le classement, mondial, elle arrive en 28e position derrière la plupart des pays européens et se trouve au bas du 2e tiers de maîtrise de l’anglais, dans le groupe dit High Proficiency, alors que, dans l’ordre, les Néerlandais, Danois, Finlandais, Suédois, Norvégiens, Autrichiens, Portugais , Allemands, et Belges, sont dans le groupe de tête des Very High Proficiency.

Plus déprimant encore, malgré sa médiocre place, la France ne progresse que faiblement :

Deux, l’intensité de l’innovation, mesurée en dépenses de recherche & développement, est directement corrélée au niveau d’anglais. Le nombre de chercheurs est par exemple deux fois plus élévés dans le 1er groupe linguistique que dans le second, et cinq fois plus élevé que dans le 3e groupe (avec lequel flirte la France) :

Idem pour les publications scientifiques où la France, arrimée à sa langue est dans les profondeurs des classements internationaux.

Tout cela est tragique. La France parle insuffisamment anglais, moins bien que les Grecs et à peine mieux que les Italiens ou les Espagnols. Elle est victime du syndrome du pays de taille moyenne avec un marché intérieur suffisamment important pour ne pas inciter à l’apprentissage de l’anglais —au contraire des pays scandinaves ou baltes pour qui c’est une question de survie — ce qui du coup réduit la possibilité de développer des produits ou services de portée globale. D’où une innovation faible par rapport à nos voisins.

La maîtrise de l’anglais devrait être une priorité nationale. Elle est essentielle pour créer des géants dans des domaines d’avenir, attirer et retenir les talents, accroître la portée de la recherche. Mais à voir l’avenir de l’ENA, on peut être certain que l’exemple ne viendra pas d’en haut. — 

Valeur de Wikipedia : $1.75 milliard

Si Wikipedia avait donné lieu à une rémunération équivalente à celle de l’Encylopedia Britannica qui rétribuait ses contributeurs à hauteur de $0.50 ou 0.42€ par mot (en monnaie d’aujourd’hui), le service aurait coûté $1.75 milliard de dollars à produire. “Wiki” a aujourd’hui 6 millions d’articles et 3.5 milliards de mots. (Wired)

Les GAF(A) ont capturé + de la moitié de la pub aux USA en 2020

Selon une estimation de l’acheteur de publicité GroupM rapportée ce samedi par le Wall Street Journal, l’an dernier aux Etats-Unis, Google, Facebook et Amazon ont raflé plus de la moitié de l’ensemble des investissements publicitaires, tous supports confondus.

La part des trois géants dans les investissements dans la pub digital américaine atteint désormais 90%, estime GroupM. Depuis 2015, l’augmentation est de 96% pour Google, 4.4 fois pour Facebook, et de 15 fois pour Amazon qui devient un géant de la pub en ligne. Ce dernier point pose d’ailleurs deux problèmes : le conflit d’intérêt d’un ecommerçant qui vend à la fois des produits et de la pub (même si les vendeurs tiers qui sont sur Amazon sont demandeurs de ce service) ; ensuite, cela rend plus incertain encore la crédibilité des mises en avant des articles : quel est l’article qui est le plus visible sur le site d’Amazon, est-ce celui qui a récolté le plus grand nombre d’appréciations ou celui qui a été boosté par de la promotion payante ? A noter que la Commission Européenne n’a rien vu arriver de la déferlante d’Amazon dans la pub digitale. —

A la semaine prochaine.

— frederic@episodiqu.es