#8 - Le fantasme du démantèlement

Mettre en pièces les Gafa est une attrayante construction intellectuelle, spécialement vue depuis l'Europe. La réalité sera plus complexe.

Alors que La Federal Trade Commission (FTC), l’autorité antitrust américaine, se risque à évoquer la cession forcée par Facebook de WhatsApp et Instagram, le démantèlement des Gafa prend soudainement un tour plus concret. Mais désosser ces  géants de la tech revient à s’abandonner à une facilité conceptuelle dont l’inefficacité est garantie, et les écueils nombreux.

Le premier est juridique. Les prétendus monopoles des Gafa n’ont rien à voir avec ceux d’il y a un siècle. Amazon contrôle 38% du e-commerce américain, et  seulement 6% de l’ensemble du commerce de détail. En France, les proportions sont respectivement de 23% et 10%—à cause du retard sur la vente en ligne. (Ces chiffres sont pré-Covid.) Par ailleurs, Amazon bénéficie souvent au consommateur en offrant plus de choix, et en contrant les abus de prix comme il l’a fait en Allemagne en sanctionnant des revendeurs qui tiraient profit de la brève pénurie de papier toilette. Enfin, Amazon est loin d’être un passage obligé pour vendre en ligne comme en témoigne la croissance fulgurante et mondiale du Canadien Shopify.

==> Lire aussi : Pourquoi il n’y a pas d’Amazon européen, et Amazon, cette obsession française)

Second argument : la faisabilité d’une telle opération. Depuis des années, les trois géants de la tech intègrent toujours plus les infrastructures techniques de leurs services. Et ils vont profiter d’années de procédures pour continuer.

Une solution serait d'effectuer des frappes chirurgicales aux effets plus immédiats. Les cibles ne manquent pas : aux Etats-Unis, si la part globale d’Amazon est limitée, il contrôle plusieurs marchés verticaux comme les livres dont il distribue la moitié des volumes physiques et les trois quarts des formats numériques ; il est aussi le numéro trois de la publicité digitale après Google et Facebook en contraignant les vendeurs tiers à investir dans de ruineuses promotions sous peine d’être invisibles.

Google, de son côté, entretient un système d’enchères opaque et totalement inéquitable pour les annonceurs. Facebook fait même pire en vendant moins cher les publicités les plus agressives et outrancières, donc qui deviendront les plus virales. Et tous ces acteurs agrègent trop de données dans des conditions obscures.

S’attaquer à ces abus serait bien plus simple que de brandir le glaive radical et démagogique d’un improbable démantèlement. —