La brutale saignée du Washington Post est le résultat d’une obsolescence prévisible. Elle illustre aussi les relations compliquées entre un actionnaire unique (et riche) et le média qu’il contrôle.
Merci pour ce bon papier. Mais tu es bien sévère. On ne pleurniche pas, on est inquiets. Le licenciement brutal (toujours impressionnant pour un Français) de 300 journalistes est, tu l'expliques bien, du à un climat politique détestable pour les médias d'information, en particulier aux États-Unis, comme le rappelle utilement The Economist qui fait sa couverture sur le sujet cette semaine.
Mais tu poses une question quantitative intéressante. Combien de journalistes au maximum dans un média ? J'en ai une autre pour toi : combien de journalistes minimum par habitant dans une démocratie qui fonctionne ? Mais revenons aux 900 journalistes du Washington Post. La rédaction du Monde compte 500 journalistes, celle des Échos 250 et celle de La Provence 150. Cela montre que la rentabilité n'est pas corrélée au nombre de journalistes. C'est même l'inverse dans cet exemple.
Pour moi, la condition nécessaire de rentabilité d'un média d'information, c'est d'avoir un projet éditorial clair et fort. Le nombre de journalistes, quel qu'il soit, doit être une conséquence de ce projet et non l'inverse. Autrement dit, dire : "il faut qu'on licencie 300 journalistes pour retrouver la rentabilité" est une grossière erreur.
Reste que le modèle économique est compliqué, même si on trouve toujours des contre-exemples (Médiapart, Propublica) : l'information coûte cher à produire et très peu de gens sont prêts à la payer. Les revenus annexes (pub et autres), ne la financent plus. C'est donc le financement de la production de l'information d'intérêt public qu'il faut réinventer, vite. Celui de nos X journalistes par habitants, si on veut préserver une forme de démocratie.
PS. Quelle est la plus grande rédaction de France ? Celle de France Télévisions avec 2000 cartes de presse. Je n'ai pourtant jamais eu l'impression d'être informé par France2 ou France3. Mais le service public de l'information est un autre sujet... ou pas.
Je ne pense pas que la question, élégante, sur “le nombre de journalistes nécessaires en démocratie” soit une bonne métrique. Si c’est pour avoir des légions “d’employés de journaux façon PQR qui ne sortent jamais rien et qui courbent l’échine face aux potentats locaux, ou qui sont soumis à l’agenda des politiques et des agences de com, ça n’a pas grand intérêt.
Ce qui compte, c’est plutôt : combien de médias libres, indépendants — éditorialement donc économiquement — il y a dans une démocratie ? Oublions cinq minutes Le Monde et le NYT : ils entretiennent une spirale vertueuses largement due à leur position de leader.
Mon souhait est d’avoir bien plus de Politico, d’Axios, ou de The Atlantic dans un pays comme la France. Ils ne tirent pas leur influence de la taille de leur rédaction mais d’une excellente adéquation de leurs ressources au marché qu’ils visent. Et aussi, comme tu le soulignes, du projet éditorial soutenu par un leadership solide des rédactions (ex. Jeff Goldberg pour The Atlantic, David Remnick pour le New Yorker, les deux fondateurs d’Axios -- d’ailleurs ex Politico, ex Washington Post -- ou Zanny Minton Beddoes pour The Economist). Qui vois-tu de comparable à la tête des rédactions françaises ? Moi, quasiment personne. La plupart sont transparents comme des hologrammes qui gèrent comme des chefs de gares les passions ou les lubies de rédactions souvent désabusées.
Donc pour terminer sur le Post, évidemment que je ne résume pas l’équation par “virons 300 journalistes et tout ira bien” comme toi et Julia Cagé me le font dire. Je constate simplement que le Post s’est rêvé global et il ne l’est pas ; il s’est rêvé dominant sur le numérique et il a raté son coup ; il a eu la folie des grandeurs mais ne l’a pas transformée en audience (donc en revenus).
Sa fonction principale est essentiellement d’alimenter l'appétit d’information du Beltway washingtonien, avec éventuellement quelques trucs en plus comme un solide bureau en Europe (Bezos a fait fermer le bureau de Berlin avec là encore une rare brutalité). Tout cela se fait avec 200 journalistes au plus. Lis les commentaires dans le presse US : tous les spécialistes et les porte-parole des repreneurs potentiels admettent qu’un ajustement était nécessaire (sans la brutalité des exécuteurs de Bezos, on est d’accord).
Enfin dans ton dernier paragraphe sur France 2, tu dis d’une autre façon ce que je soutiens : ce n’est pas le nombre qui fait la qualité, mais la compétence des journalistes et celle de leurs dirigeants à qui on demande simplement d’être les impresarios de talents internes.
Merci pour ce bon papier. Mais tu es bien sévère. On ne pleurniche pas, on est inquiets. Le licenciement brutal (toujours impressionnant pour un Français) de 300 journalistes est, tu l'expliques bien, du à un climat politique détestable pour les médias d'information, en particulier aux États-Unis, comme le rappelle utilement The Economist qui fait sa couverture sur le sujet cette semaine.
Mais tu poses une question quantitative intéressante. Combien de journalistes au maximum dans un média ? J'en ai une autre pour toi : combien de journalistes minimum par habitant dans une démocratie qui fonctionne ? Mais revenons aux 900 journalistes du Washington Post. La rédaction du Monde compte 500 journalistes, celle des Échos 250 et celle de La Provence 150. Cela montre que la rentabilité n'est pas corrélée au nombre de journalistes. C'est même l'inverse dans cet exemple.
Pour moi, la condition nécessaire de rentabilité d'un média d'information, c'est d'avoir un projet éditorial clair et fort. Le nombre de journalistes, quel qu'il soit, doit être une conséquence de ce projet et non l'inverse. Autrement dit, dire : "il faut qu'on licencie 300 journalistes pour retrouver la rentabilité" est une grossière erreur.
Reste que le modèle économique est compliqué, même si on trouve toujours des contre-exemples (Médiapart, Propublica) : l'information coûte cher à produire et très peu de gens sont prêts à la payer. Les revenus annexes (pub et autres), ne la financent plus. C'est donc le financement de la production de l'information d'intérêt public qu'il faut réinventer, vite. Celui de nos X journalistes par habitants, si on veut préserver une forme de démocratie.
PS. Quelle est la plus grande rédaction de France ? Celle de France Télévisions avec 2000 cartes de presse. Je n'ai pourtant jamais eu l'impression d'être informé par France2 ou France3. Mais le service public de l'information est un autre sujet... ou pas.
Je ne pense pas que la question, élégante, sur “le nombre de journalistes nécessaires en démocratie” soit une bonne métrique. Si c’est pour avoir des légions “d’employés de journaux façon PQR qui ne sortent jamais rien et qui courbent l’échine face aux potentats locaux, ou qui sont soumis à l’agenda des politiques et des agences de com, ça n’a pas grand intérêt.
Ce qui compte, c’est plutôt : combien de médias libres, indépendants — éditorialement donc économiquement — il y a dans une démocratie ? Oublions cinq minutes Le Monde et le NYT : ils entretiennent une spirale vertueuses largement due à leur position de leader.
Mon souhait est d’avoir bien plus de Politico, d’Axios, ou de The Atlantic dans un pays comme la France. Ils ne tirent pas leur influence de la taille de leur rédaction mais d’une excellente adéquation de leurs ressources au marché qu’ils visent. Et aussi, comme tu le soulignes, du projet éditorial soutenu par un leadership solide des rédactions (ex. Jeff Goldberg pour The Atlantic, David Remnick pour le New Yorker, les deux fondateurs d’Axios -- d’ailleurs ex Politico, ex Washington Post -- ou Zanny Minton Beddoes pour The Economist). Qui vois-tu de comparable à la tête des rédactions françaises ? Moi, quasiment personne. La plupart sont transparents comme des hologrammes qui gèrent comme des chefs de gares les passions ou les lubies de rédactions souvent désabusées.
Donc pour terminer sur le Post, évidemment que je ne résume pas l’équation par “virons 300 journalistes et tout ira bien” comme toi et Julia Cagé me le font dire. Je constate simplement que le Post s’est rêvé global et il ne l’est pas ; il s’est rêvé dominant sur le numérique et il a raté son coup ; il a eu la folie des grandeurs mais ne l’a pas transformée en audience (donc en revenus).
Sa fonction principale est essentiellement d’alimenter l'appétit d’information du Beltway washingtonien, avec éventuellement quelques trucs en plus comme un solide bureau en Europe (Bezos a fait fermer le bureau de Berlin avec là encore une rare brutalité). Tout cela se fait avec 200 journalistes au plus. Lis les commentaires dans le presse US : tous les spécialistes et les porte-parole des repreneurs potentiels admettent qu’un ajustement était nécessaire (sans la brutalité des exécuteurs de Bezos, on est d’accord).
Enfin dans ton dernier paragraphe sur France 2, tu dis d’une autre façon ce que je soutiens : ce n’est pas le nombre qui fait la qualité, mais la compétence des journalistes et celle de leurs dirigeants à qui on demande simplement d’être les impresarios de talents internes.
Je retiens et j'adore ❤️ :
"combien de journalistes minimum par habitant dans une démocratie qui fonctionne ?"
La plume dans la plaie.
La gouvernance proposée n'est guère diverse de celle qui devrait être là règle pour le service public des médias...
Ce titre …