Reprise en main à la chinoise 

Pékin a brutalement rappelé à des entrepreneurs chinois trop puissants qui était vraiment le patron.

Chronique parue dans L’Express du 07.01.21

L’Europe et les Etats-Unis en rêvent, Xi Jinping vient de l’initier. Avant que la Big Tech chinoise ne commence à devenir incontrôlable, Pékin a décidé de réduire les ambitions de certains services en ligne devenus trop gros.

Début novembre, l’autorité boursière avait brutalement stoppé l’introduction en bourse de Ant Group, le géant chinois de la “Fintech”, filiale d’Alibaba. Ce qui semblait alors une sanction symbolique destinée à mater la dissidence de son fondateur Jack Ma, marquait en fait le début d’une reprise en main des géants de la tech chinoise. 

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Avec Alibaba et Tencent, la Chine avait construit ce à quoi aspire (par exemple) Facebook : des “super-apps” comme WeChat (Tencent) ou AliPay présentes dans tous les instants de la vie chinoise. Avec Ant, Alibaba a développé une vaste palette de services financiers, depuis toutes les formes de crédit en passant par la gestion d’actifs et l’assurance. Le 27 décembre, le gouvernement chinois a demandé à Ant de se recentrer sur le coeur de ses activités, les systèmes de paiement et de mettre le reste dans une holding spécifique, assujettie à la sourcilleuse réglementation bancaire chinoise. Se profile aussi la volonté de Pékin de ne pas entraver le développement d’un “digital Yuan”, contrôlé par la Banque centrale, dont les tests viennent de commencer à Suzhou, dans l’est du pays.

Le monde de la technologie asiatique voit maintenant dans les difficultés de Ant bien plus qu’une sanction isolée.

La reprise en main concerne aussi les activités de e-commerce d’Alibaba, accusé des mêmes pratiques d’éviction et de pression sur les vendeurs tiers que celles reprochées par… les régulateurs occidentaux à Amazon. D’autres grands opérateurs sont dans le viseur. Le marché boursier l’a d’ailleurs compris : dans les derniers jours de l’année,  les indices des valeurs technologiques ont chuté sur les places asiatiques.

Il est des domaines régaliens dans lequel la place du secteur privé doit être maîtrisée et Xi Jinping observe ce qui se passe à l’étranger : il ne veut pas de géants comme Facebook ou Google dont le nombre d’utilisateurs (respectivement 2,7 milliards et plus d’un milliard), leur confère plus de puissance que certains états. En Chine, l’Etat c’est lui, Xi – et le Parti. —